• En attendant…

    En attendant… ------------------------------------ En attendant Godot et toute sa clique de clowns insomniaques et énamourés, Je t'ai préparé une tasse de café bien noir sans sucre, Pour surnager aux vagues imprécises et hémorragiques des mers intérieures. Bois-le avant qu'il ne refroidisse au passage d'un Transsibérien pressé d'en finir. En attendant, patient, la fonte des neiges d'un Kilimandjaro sidéral, J'irai voir ailleurs si j'y suis, Si tu y es, si nous y sommes, Toujours hiératiques, les yeux mi-clos, agités de quelque tressaillement magmatique. En attendant les grands chambardements de cette langue de Finistère, Et l'automne, et les feuilles qui volent imperceptiblement des sycomores acadiens, Va glaner quelques enveloppes timbrées au coin de tes yeux Et adresse les au Pape, à l'antipape, ou alors à qui tu aimes, Pour qu'ils sèment quelques graines de plus aux champs si difficiles de l'ubac de Lambruisse. En attendant ces moments qui cillent, vibrent en ut, Et s'éparpillent aux sons de froissements de papiers de bonbons, La porte du sud s'ouvre, Et suit la meute des chiens aux yeux jaunes. Ils s'apprêtent à une circumnavigation rythmée Des cacophonies suburbaines vissées à leurs tempes, Mais s'apaisent aux longues heures des clapotis imperceptibles. En attendant un silence spectral Aux tournures mélodramatiques, "taxidermié" par les plus grands spécialistes, J'inventerai des ersatz d'air d'opéra aux relents de swing fatigué, Pour qu'ex nihilo tu poursuives tes chimères en Laconie, Pour que tu ne pleures plus toutes les eaux atlantiques, Pour que tu saches t'asseoir, et pire dormir à l'ombre des derniers bananiers géants des îles brûlées. En attendant que l'eau de mes rêves éthérés ne passe plus sous le pont de tes soupirs asymétriques, En attendant l'inversion des saisons, à l'époque des grands syzygies, Je te promets de ne plus fumer en nuages opaques, Quand tu maquilles tes lèvres pour que toutes les buées se délectent de tes baisers sanglants, Alors je te promets de régler, à quelques printemps près, L'horloge de nos envies trop souvent mesurées au rythme des temps géologiques, Si Würm s'est enfin réchauffé aux néons glauques des parkings souterrains Amarrés en péninsules sous la ville vermifuge et "vertugadine" en bourrelets clonés sans fin. En attendant les nectars sirupeux de nos enfances aux cervelles sourdes, Et les lents pique-niques photographiés en noir et blanc les soirs de grande tempérance ou les matins Amènes Le long des canaux paisibles et parallèles, ombragés des ailantes au fines ramures, En attendant je "scaphandre" des instants d'éternel ennui à l'extrême limite des corniches, Et je t'offre les dernières secondes volatiles de répit, Avant d'inonder tes parfums sensibles, d'herméneutique bien absconse, D'iconostases comme autant de cloisons, et de contentieux si peu souvent alternatifs. En attendant les jours sans nuit, les musiques sinusoïdales Distillées en rondes au bout des grandes allées de platanes, Lorsque la lumière n'écarquille plus que le rai clair et fin d'un horizon levant, J'allumerai alors les falots des chalutiers à la marée montante, Pour que les halos ainsi formés "luciolent" les côtes rocheuses d'un Armor embruiné et vaporeux, Où ta ballade se perdra d'instants prolifiques et spongieux. En attendant de t'aimer…

    Patrick AVELINE ------------------ Vitrolles, avril 2001.


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